1. Innominata – La course contre le dégel
  2. Innominata – Les Promesses de l’Aube
  3. Pérégrination à l’Aiguille Noire de Peuterey – La Voie Ratti Vitali

 

Il faut bien l’avouer mon été démarrait mal. Après trois mois de préparation pour un concours, je me blesse à l’épaule suite à une zipette de pieds dans une voie en fissure. Je ne lache pas la prise et mon deltoïde gauche se déchire partiellement. Bilan : exit la grimpe sportive pour une période indéterminée. Par la suite mon quotidien ressembla davantage à celui d’un coureur que d’un grimpeur.

Puis lassé de galoper sur les sentiers du Prarion et avec un bras que je ne pouvais lever plus haut que l’épaule je décide de monter au Chardonnet prendre l’air par le Migot que je n’avais jamais parcouru. Démarrage du parking du Tour, changement de chaussures à Albert 1er, je passe des sense aux rebel ultra; puis le Migot tranquillement en 1h avec une erreur de trace à la rimaye. Ce sommet est un de mes belvédères préférés du massif du Mt Blanc.

1. Innominata – La course contre le dégel

Suite à ce petit tour la douleur me semble supportable pour évoluer dans du facile en altitude. L’Innominata a été parcourue et un gros créneau anticyclonique semble bien installé. Après avoir grimpé la Bonatti au pilier rouge et le pilier central Freney les années précédentes,  je me dis que l’Innominata sera un beau moyen d’accéder au Mont Blanc. Mon ami Philipp Brugger me rejoint pour un one push depuis la vallée . Ce jour là il fait très chaud. Nous nous retrouvons coincés une heure au tunnel du Mt Blanc à minuit et c’est à 1h15 que nous démarrons la marche. 4h45 après nous poussons la porte de Eccles pour se faire un thé. Le jour se lève et de gros nuages noirs nous dominent avant de se dissiper. Nous passons par la pointe Eccles, rejoignons le col Eccles . Les cordées ne sont plus bien loin. Nous en doublons une première , je franchis le pas de V+.

Les arêtes sont traitres, les marches cassent, Philipp traverse avec son pied une corniche. Le support sur lequel nous évoluons devient en 1h totalement inconsistant et je me retrouve sur l’arête effilée, si souvent photographiée, dans l’impossibilité d’avancer tellement je mouline et chasse dans cette neige. Revenir 10m en arrière est pour moi une épreuve car je ne contrôle plus grand chose. Mes crampons ne me retiennent plus et mes bras sont plantés profondément dans cette neige sans fond. Sans protection et avec lenteur je rattrape le bout de becquet sur lequel Philipp est accroché.

Avec une corde de 7,7mm de 40m, il ne nous est pas possible de descendre dans les règles de l’art. Je propose à mon compagnon de déescalader. Vu ce que je viens de vivre au dessus de lui il n’est pas vraiment chaud. Option n°2: le mouliner et le rejoindre comme je peux en déescalade, sa réponse sera la même; c’est non. Je ne blâme pas mon partenaire, nous avons tous le droit d’avoir peur et n’avons pas la même tolérance face au danger, surtout lorsqu’il devient aléatoire. De plus, une retraite à ce stade demande une réelle prise de risques .

Il ne faut pas trainer ça chauffe sévère et les premières pierres commencent à tomber dans le grand couloir. Mon téléphone capte et je réussi à contacter les secours italiens pour leur décrire la situation. Ces derniers décident alors d’une extraction par hélico. La machine nous rejoint 15 mins plus tard et se stabilise au dessus de nous. Un secouriste descend au bout du cable et nous arrache chacun à notre tour à la montagne, mettant fin à cette mésaventure. Nous n’avons pas été assez rapide face au dégel. Avec une heure d’avance ça passait…

 2. Innominata – Les Promesses de l’Aube

 

Une semaine plus tard la météo est de nouveau propice . Je propose la course à Loic Thivierge. Rapidement les choses sont calées. Cette fois nous dormirons à Eccles pour n’avoir aucune surprise de regel. En arrivant à Monzino c’est la douche froide, nous apprenons que les deux bivouacs sont remplis totalement. Nous partirons donc de Monzino… ce qui nous ajoute environ 1300m de dénivelé positif.

La Nuit

Réveil à minuit, départ vers 1h. Je reste devant et donne le rythme. 2h55 plus tard nous sommes à Eccles  pour la première pause et manger une barre. Plusieurs cordées sont déjà engagées et bien avancées dans l’itinéraire. Le souvenir vif de cette neige qui nous a trahi une semaine auparavant me pousse à grimper le plus vite possible.

Nous doublons une première cordée après  le passage en V+ .

Je rejoins la zone où nous avons été secourus , rien à voir avec ce que nous avons rencontré. Je traverse très vite la belle arête .

L’Aube

L’aube pointe son nez ainsi que les premiers rayons qui donnent à l’horizon cette perspective singulière. C’est alors la promesse d’une journée hors du temps, loin des misères humaines. La promesse de jouer sur ces cimes pures et rêvés en touchant à l’instant présent. La promesse d’être baigné par cette lumière encore douce qui, après tout ce cheminement dans la nuit, tiédit l’atmosphère et soulève l’émotion.

Qu’il est beau d’être en ces lieux! Si minuscules et vulnérables à éprouver notre fragilité. Chaque année qui s’écoule m’éloigne un peu plus de l’enfance. Pourtant ces minutes éphémères me ramènent à mes premiers souvenirs, il y’a déjà 10 ans. Ma naïveté n’avait d’égale que mon indélicate arrogance, et ma prétention dissimulait mon manque de confiance dans la vie. Il aura fallu bien des succès et des désillusions pour évoluer et avancer. Aujourd’hui encore tant reste à faire…

La sortie

Le grand couloir est juste là.

Je remonte la partie exposée en 10 mins et déjà je vois la cordée de tête qui n’est plus très loin .

Arrivé dans la rampe de sortie je fais relais et m’autorise une seconde pause, à partir d’ici on peut commencer à se détendre un peu, il n’y a plus véritablement de risques de chute de pierres liés au dégel .

Loic qui commence à faire la grimace parce que je suis devant depuis que nous avons quitté Monzino s’impatiente. Je le laisse passer devant et nous amener jusqu’au sommet du Mt Blanc. Nous trouvons Robin et sa cliente, les doublons et arrivons sur l’arête du Brouillard vers 9h30.

Une dernière pause au Mt Blanc de Courmayeur puis nous foulons le Mt Blanc sur lequel bien des cordées sont montées ce jour. Loic réalise ainsi son premier Mt Blanc par le versant italien, bravo.Nous rentrons sans nous presser par les 3 monts et sommes dans la benne vers 14h45. Une belle journée d’alpinisme de plus .

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

 

3. Pérégrination à la Noire de Peuterey – La voie Ratti-Vitali

 

La Noire de Peuterey est un sommet qui m’impressionne. Chacun de ses versants semble rejeter l’Homme par la complexité de ses lignes. Y monter n’est pas simple, en descendre est une aventure. Nous avions avec David Autheman le projet commun de parcourir la voie Ratti en face ouest de la Noire de Peuterey. Des infos fraiches et un superbe enchaînement orchestré par deux pointures de l’alpinisme français nous motive à tenter cet itinéraire .  David propose à Julien Fabre de nous accompagner. Nous profitons d’un glacier saint pour nous approcher sereinement de la face ouest.

Bien que la difficulté ne dépasse pas 6a mon épaule que j’ai testée plusieurs fois auparavant n’est toujours pas revenue à son stade original. C’est ainsi avec beaucoup d’humilité que mon regard se porte sur la muraille… Ce sera pour moi la reprise.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Nous quittons Monzino dans la nuit puis passons le Col Innominata. L’attaque de la voie se trouve assez facilement et le premier 5b en cheminée me réveillera avec une grande efficacité! Nous progressons sans trop user de la corde tendue pour que David puisse se positionner et filmer. Au pieds des difficultés nous déposons un de nos sacs avec dedans nos chaussures. Le leader peut ainsi grimper léger.

Le crux de la voie se compose d’une longueur en 6a qui donne accès à une longueur d’escalade artificielle en A1. Je m’élance dans la longueur bien verticale pour du 6a et l’enchaine. Quel plaisir de pouvoir regrimper et sentir mon épaule qui refonctionne. Mes deux compagnons me rejoignent en mode V+ A0 en usant du matériel abondant dans la longueur.

Puis il faut ensuite grimper en artif la fissure de 25m qui permet de nous échapper de la zone de surplombs. Julien la remonte en A1.

Une traversée en ascendance à droite nous amène sur un réseau de dalles fissures où on zonera un peu. La pointe Bitch se dévoile et nous finissons par arriver au sommet de la Noire de Peuterey. Nous nous décordons et montons saluer la vierge.

Sans perdre de temps nous démarrons les 22 rappels qui nous séparent du Glacier du Freney, qu’il nous faudra traverser pour rejoindre le Col Innominata et Monzino avant de rejoindre la Vallée.

La perte d’un peu de matériel dans la descente ainsi que plusieurs erreurs d’itinéraires contribueront à bien faire fumer le chronomètre.

Arrivés à nos voitures dans le Val Vény, je passe le tunnel et regarde la Noire… Je me souviendrai longtemps de cette journée, ainsi que de la saveur du commencement de ma 29 ème année. Bon anniversaire.

 

Video & Photos © TVmountain & Morgan Baduel