J’ai de nombreuses fois grimpé à l’Aiguille du Peigne mais cette arête nord m’était jusque là inconnue . Remise au gout du jour depuis qu’elle figure dans la nouvelle liste de course du probatoire des guides de montagne français , sa fréquentation semble être passée de nulle à convoitée.

Sur le plan purement théorique l’escalade ne semble pas trop compliquée. Sur le plan minéral j’ai pu renouer avec des sensations oubliées que je n’avais eu que dans les tréfonds des écrins , là où les friends écartent les écailles enchâssées dans la terre sableuse.

En ce début de Juillet Dani Castillo et moi-même démarront la voie armés de deux batteries de friends afin de maximiser la corde tendue. Au premier tiers je déloge un bloc de la taille d’un micro onde qui explose jusqu’à l’âme un de nos brins de cordes. Dani réussit à se planquer pour éviter le mètre cube de granit que je viens de lui asséner .

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Le Catalan prend le manche et nous rejoignons le fil de l’arête . De nouveau, changement de leader je repasse devant jusqu’au col où nous croisons la voie normale. Je me retrouve dans un couloir délité où le sable et la terre semblent accorder à tous ces blocs enchâssés un pseudo sursis à la gravité. Je détache de nouveau malgré milles précautions une série de pierres qui casseront notre second brin de corde. Arrivés au col, on sort une lame pour couper les cordes endommagées. Ce versant du Peigne est un théâtre de désolation. Un véritable champ de ruine où tout finit inexorablement par embrasser le vide. La météo est orageuse et un rapide coup d’iphone nous confirme le mauvais avec deux heures d’avances. Ce sera pour une autre fois…

Mi Septembre je propose la voie à Philippe Gatta. Cette fois ci nous empruntons la voie normale qui nous pose aux pieds des difficultés dans la partie supérieure là où le grand dièdre caractéristique démarre. Si les deux premiers tiers de l’arête parcourus en juillet étaient merdiques, cette partie semble plus compacte et saine.

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La voie et sa raideur ne baissent pas en intensité jusqu’au sommet. Une vieille ligne old school très typée montagne dans laquelle il faudra jouer de la renfougne et du verrou . En tout cas pour celles et ceux qui aiment la varappe qui ponce dans une ambiance austère et sauvage je ne peux que leur recommander l’arête Nord du Peigne.